• En 1909, Freud est invité à la Clark University, aux États-Unis, pour présenter une discipline nouvelle : la psychanalyse. Devant un public d'intellectuels, il en retrace la genèse, la méthode et les principales découvertes : la mise au jour de l'inconscient, le processus du refoulement, l'interprétation des rêves, l'existence de la sexualité infantile... Introduction essentielle à la théorie freudienne, ces cinq leçons témoignent de l'ampleur des énigmes que Freud s'est efforcé d'élucider.


  • Freud
    L'Interprétation du rêve
    Traduit de l'allemand et présenté par Jean-Pierre Lefebvre
    " L'Interprétation du rêve a d'abord été négligée par ses destinataires. Elle évoque à ce titre la Phénoménologie de l'esprit de Hegel. Mais il n'y avait pas ici – bien au contraire – l'alibi épistémologique de l'obscurité du discours. L'une des formes de cette négligence fut un accueil critique de l'intention générale, du sens du travail : un symptôme qui signalait en fait la dimension totalement innovante de celui-ci. Et effectivement, dans le souci méthodique obstiné de prendre en compte toutes les objections, mais aussi dans son horizon théorique et culturel, et par la qualité même de son écriture, elle évoque surtout Le Capital de Karl Marx et L'Origine des espèces de Charles Darwin.
    D'où un paradoxe qui intéresse notamment le traducteur : un livre d'auteur, apparemment lisse, articulé, systématique, linéaire, aujourd'hui encore identifié à ce que Stefan Zweig appelait une "heure étoilée de l'humanité', à une création géniale, mais qui se présente aussi comme un défi déroutant à l'édition scientifique tant il est le produit d'un atelier bourdonnant de lectures, de batailles, de reprises, de contacts avec les patients, de rapports plus ou moins allusifs avec un public. Paradoxe quasi onirique, objectivement inévitable, dont l'écriture est un acteur essentiel. Métaphore, aussi, de ce que la traduction affronte. "
    J.-P. L.
    Jean-Pierre Lefebvre est titulaire de la chaire de littérature allemande à l'École normale supérieure. Ses traductions de Hegel, Marx ou Paul Celan ont fait date.

  • Sur le rêve
    " Je me suis rendu compte un jour, à ma grande surprise, que ce n'était pas la conception médicale du rêve, mais la conception profane à moitié prisonnière encore de la superstition qui s'approchait de la vérité. Je suis parvenu en effet à de nouvelles lumières sur le rêve en lui appliquant une nouvelle méthode qui m'avait rendu d'excellents services pour résoudre les phobies, les idées obsessionnelles, délirantes, etc., et qui depuis sous le nom de "psychanalyse' a trouvé un accueil auprès de toute une école de chercheurs. "
    Sigmund Freud
    Traduit de l'allemand par Jean-Pierre Lefebvre
    Présentation, notes et bibliographie par Fabien Lamouche

  • " La question cruciale pour le genre humain me semble être de savoir si et dans quelle mesure l'évolution de sa civilisation parviendra à venir à bout des perturbations de la vie collective par l'agressivité des hommes et leur pulsion d'autodestruction. Sous ce rapport, peut-être que précisément l'époque actuelle mérite un intérêt particulier. Les hommes sont arrivés maintenant à un tel degré de maîtrise des forces de la nature qu'avec l'aide de celles-ci il leur est facile de s'exterminer les uns les autres jusqu'au dernier. Ils le savent, d'où une bonne part de leur inquiétude actuelle, de leur malheur, de leur angoisse. Il faut dès lors espérer que l'autre des deux "puissances célestes', l'éros éternel, fera un effort pour l'emporter dans le combat contre son non moins immortel adversaire. Mais qui peut prédire le succès et l'issue ? "
    Sigmund Freud
    Traduit de l'allemand par Bernard Lortholary
    Présentation, notes et bibliographie par Clotilde Leguil

  • Le Malaise dans la culture, publié en 1930, est le seul véritable exposé de la conception de la réalité sociale et de la philosophie politique de Freud.
    Son diagnostic en a troublé plus d'un : la culture s'efforce d'endiguer l'irréductible agressivité humaine sans jamais remporter de victoire décisive. On a voulu y voir la preuve du pessimisme d'un vieil homme rongé par la maladie et rattrapé par l'histoire. Bien au contraire, en leur montrant qu'ils n'ont rien à attendre d'un retour à la « nature », d'une société sans classes ou encore d'un paradis régi par les lois du marché, Freud délivre les hommes de leur dernière chaîne, celle qui les liait à la croyance et à l'espoir, et les fait entrer dans le royaume de la liberté où l'illusion n'a plus cours.

    Dossier :
    1. L'analyse profane et la tentation philosophique de la psychanalyse
    2. L'agression, la mort
    3. Politique de Freud
    4. Freud prophète ?
    5. Une idéologie de la libération ?

  • L'avenir d'une illusion

    Sigmund Freud

    L'illusion à laquelle Freud s'attaque ici est la religion. Selon le père de la psychanalyse, nous avons créé les dieux, la Providence et la morale divine pour répondre au désir archaïque et infantile d'être rassurés - contre l'incompréhensibilité du monde, l'angoisse de la mort et la violence des rapports humains. Toutefois, la religion n'a rendu les hommes ni plus moraux ni plus heureux. Pour Freud, elle a fait son temps : grâce à la science, l'humanité va sortir de l'enfance, et l'illusion s'écroulera.
    Mais sur quoi fonder alors la moralité ? En privant l'homme des croyances religieuses, ne risque-t-on pas de basculer dans le chaos ? Enfin, la science n'apparaît-elle pas elle-même comme un nouvel objet de croyance ?

  • Totem et tabou

    Sigmund Freud

    Totem et tabou fut, au dire de Freud, la plus osée de ses entreprises. À partir d'une lecture toute personnelle de la littérature anthropologique de son temps, le père de la psychanalyse y sonde les fondements de la société humaine, de ses lois et de ses interdits, dans un mouvement qui mène des peuples « primitifs » aux enfants et aux névrosés, et inversement.
    « Dans le complexe d'OEdipe convergent les débuts de la religion, de la moralité, de la société et de l'art, dans une pleine concordance avec le constat de la psychanalyse que ce complexe forme le noyau de toutes les névroses » : tel est le point d'aboutissement de cet ouvrage, dans lequel Freud s'attache à étudier des phénomènes sociaux et culturels - l'inceste, le totémisme, l'animisme, la magie - à partir des principes de la psychanalyse.
    Offrant un tableau radicalement pessimiste de l'origine et du destin de l'humanité, à jamais marquée par le meurtre originel du père, Totem et tabou pose les bases sur lesquelles Freud édifia, avec L'Avenir d'une illusion, Le Malaise dans la culture et L'Homme Moïse et la religion monothéiste, sa théorie de la culture.

  • Le moi et le çà

    Sigmund Freud

    « L'importance fonctionnelle du Moi s'exprime en ceci qu'il lui est concédé normalement la maîtrise des passages à la motilité. Il est semblable ainsi, par rapport au Ça, au cavalier censé tenir en bride la force supérieure du cheval, à ceci près que le cavalier tente la chose avec des forces propres, tandis que le Moi le fait avec des forces empruntées. Cette comparaison nous emmène un peu plus loin. De la même façon qu'il ne reste souvent pas d'autre solution au cavalier, s'il ne veut pas se séparer du cheval, que de le conduire là où il veut aller, le Moi a coutume lui aussi de convertir la volonté du Ça en action, comme si cette volonté était la sienne propre. »Sigmund FreudTraduit de l'allemand par Jean-Pierre LefebvrePrésentation, notes et bibliographie par Patrick Hochart

  • C'est écrit dans la Bible : Moïse est un Hébreu, recueilli par une princesse égyptienne. Il deviendra, sur ordre du dieu des Hébreux, le premier législateur du peuple juif. Freud bouleverse ce roman historique, en émettant deux hypothèses radicales : Moïse n'est pas un Hébreu mais le fils d'un noble égyptien - un étranger, donc ; le dieu juif est né de la fusion de deux figures divines, le dieu unique du pharaon égyptien Akhenaton et le cruel dieu des volcans d'un peuple sémite voisin. En cela, Freud s'en prend aux fondements mêmes de la conscience de soi du peuple juif, qui plus est dans le contexte tragique du triomphe du nazisme.

    Dernier livre de Freud, le Moïse (1939) a longtemps été considéré comme un ouvrage non psychanalytique, alors qu'il est une pièce essentielle de sa doctrine. Il y parachève son approche critique de la religion, commencée avec Totem et tabou et L'Avenir d'une illusion. Il y formule, en outre, une théorie générale de la croyance. Enfin, en proposant une lecture psychanalytique de l'histoire et de la religion, il autorise la psychanalyse à outrepasser les limites de l'âme individuelle.

  • " Si vraiment le fait que les pulsions veuillent restaurer un état antérieur est un caractère à ce point universel, il ne faut pas nous étonner que dans la vie psychique tant de processus s'accomplissent indépendamment du principe de plaisir. "
    Sigmund Freud
    Traduit de l'allemand et présenté par Jean-Pierre Lefebvre

  • 29 août 1909 : Freud pose le pied sur le sol du Nouveau Monde. Une université américaine l'a invité à venir présenter ses découvertes et résultats. Freud a cinquante-trois ans, le mot "psychanalyse" en a douze.
    En cinq leçons, Freud saura donner à un public profane une vue d'ensemble de sa méthode d'investigation et de guérison. Il en retrace les origines : Breuer (le cas Anna O., la théorie de l'hystérie, l'abandon de l'hypnose et l'avènement de la cure par la parole) ; Charcot (le traitement des hystériques et l'élaboration de la doctrine du refoulement) ; Jung (la méthode de l'association libre et la mise en évidence des "complexes" refoulés) ; le rêve comme "voie royale" d'accès à l'inconscient. Il montre ensuite le rôle central de la vie amoureuse et de la sexualité, en remontant à la "sexualité infantile" qui en est la clef. Puis il dégage les "destins" de la pulsion à partir du refuge dans la "maladie", pour terminer sur l'importance décisive du transfert.
    Ces Cinq leçons constituent la toute première introduction à la psychanalyse en même temps que son "coup d'envoi". Freud ne retournera jamais aux États-Unis, mais l'annonce au monde a été faite.

  • Freud considérait ses Trois essais, dont l'écriture l'a occupé durant près de vingt ans, comme une « production d'une valeur comparable à celle de L'Interprétation du rêve ». Ils sont le lieu d'apports conceptuels majeurs, sur la libido, la pulsion, les zones érogènes, la sublimation, la fixation, la régression, la perversion, etc., qu'il ne cessera de reprendre par la suite.
    Freud montre non seulement les racines infantiles de la sexualité adulte, mais, plus radicalement, l'« infantilisme de la sexualité » humaine. Et il donne à la perversion une place fondamentale dans l'histoire de chacun : elle est « la disposition universelle originelle de la pulsion sexuelle humaine, à partir de laquelle se développe le comportement sexuel normal ».
    La sexualité freudienne n'est donc pas un instinct, elle est détachée des organes génitaux et permet une nouvelle approche des symptômes névrotiques. Elle mène à la conclusion qu'« il n'y a pas de différence fondamentale entre la vie mentale des gens normaux, celle des névrosés et celle des psychotiques ».

  • En 1901, Freud publie Sur le rêve, un « résumé » de L'Interprétation du rêve, paru un an plus tôt. Et il y accomplit un tour de force : exposer de façon alerte, claire et concise les concepts ayant une valeur opératoire pour l'élucidation des rêves, qu'il illustre par de nombreux exemples.
    Il traite successivement : la question immémoriale du sens de la vie onirique ; celle, alors toute récente, de la méthode psychanalytique et de ses résultats ; le contenu manifeste et les pensées latentes du rêve ; les procédures de transposition du rêve (condensation, déplacement) et la déformation qui en résulte ; le refoulement et le compromis passé à la faveur du sommeil entre les intentions d'une instance psychique et les exigences d'une autre ; l'oubli du rêve, quand la censure retrouve sa pleine vigueur à l'état vigile ; les cas limites où le rêve ne peut plus remplir sa fonction de gardien et libère l'angoisse en provoquant le réveil ; le traitement des stimuli exogènes susceptibles d'influencer le contenu onirique ; enfin, le problème des désirs érotiques que découvre l'analyse dans la plupart des rêves des adultes.

  • " Mon opinion est que [...] la jouissance que nous procure l'œuvre [de l'écrivain] provient des tensions dont elle libère notre âme. Ce succès est même peut-être dû pour une bonne part au fait que l'écrivain nous met dans l'état de jouir de nos propres productions imaginaires sans plus aucun reproche ni sentiment de honte. "
    Sigmund Freud
    Textes traduits de l'allemand par Bernard Lortholary
    Présentation, notes et bibliographie par Jean-Pierre Lefebvre

  • Dans ce texte, écrit en 1910, Sigmund Freud (1856-1939) s'attache à étudier le processus de la création artistique chez Léonard de Vinci. Il part d'un des premiers souvenirs d'enfance rapporté par le peintre. Pour Freud, il s'agit plutôt d'un fantasme, qu'il appellera « le fantasme au vautour », que Léonard « s'est construit plus tard et qu'il a alors rejeté dans son enfance » et qui se rapproche de certains « fantasmes de femmes ou d'homosexuels passifs ». Derrière, se cache « la réminiscence d'avoir tété le sein maternel, scène d'une grande et humaine beauté qu'avec beaucoup d'artistes Léonard entreprit de représenter dans ses tableaux de la Vierge et l'enfant ». Composé « du double souvenir d'avoir été allaité et baisé par la mère », ce fantasme fait « ressortir l'intensité du rapport érotique entre mère et enfant ». Le singulier sourire énigmatique de la Joconde ou de sainte Anne s'éclaire alors d'être la trace de ce que « sa mémoire conserva comme la plus puissante impression de son enfance ».

  • Sous le terme de « métapsychologie », proposé par Freud vers 1895, aux débuts de la psychanalyse, se trouve désignée « la psychologie qui mène au-delà (méta) du conscient ». En 1915, l'heure est venue pour le créateur de la psychanalyse de présenter une synthèse de ses acquis. S'il n'acheva jamais le grand traité qu'il projetait, sont demeurés les essais précieux que l'on trouve ici retraduits et présentés de façon à en montrer la genèse, la thématique et l'héritage.
    La pulsion et ses destins, le refoulement, l'inconscient : les concepts fondamentaux de la psychanalyse y sont définis et explorés avec rigueur et souplesse, tandis que le rêve et la mélancolie sont revisités de manière révolutionnaire. Le lecteur soucieux de s'introduire, un siècle plus tard, dans les arcanes de la psychanalyse fera ici la connaissance de la « sorcière métapsychologie ».

  • Sous ce terme de « métapsychologie », néologisme proposé par Freud à l'origine de la psychanalyse, vers 1895, se trouve désignée « la psychologie qui mène au-delà (méta) du conscient ». En 1915, l'heure est venue pour le créateur de la psychanalyse de présenter une synthèse de ses acquis. De ce grand Traité inachevé, mais sans cesse réécrit, sont demeurés ces essais précieux, que l'on trouve ici retraduits et présentés de façon à en montrer la genèse, la thématique et l'héritage. La pulsion et ses destins, le refoulement, l'inconscient : les concepts fondamentaux de la psychanalyse se trouvent définis et explorés avec rigueur et souplesse, tandis que le rêve et la mélancolie sont revisités de manière révolutionnaire. Le lecteur soucieux de s'introduire, un siècle plus tard, dans les arcanes de la psychanalyse fera ici la connaissance de « la sorcière métapsychologie ».
    On ne peut qu'être saisi de la belle rationalité freudienne, où la « fantasmation » spéculative rejoint l'extrême singularité du fait clinique - ce qui donne à ce livre la portée d'un véritable Discours de la méthode psychanalytique.

  • " Mesdames et Messieurs, c'est pour moi un sentiment d'un genre nouveau et troublant que de me trouver en position de conférencier face à des personnes du Nouveau Monde avides de savoir. Je suppose que je dois cet honneur au seul fait que mon nom est lié au thème de la psychanalyse, et j'ai donc l'intention de vous parler de psychanalyse. Je veux tenter de vous donner, sous la forme la plus concise, une vue d'ensemble sur l'histoire de la naissance et de l'évolution ultérieure de cette méthode nouvelle d'investigation et de traitement. "
    Sigmund Freud
    Traduit de l'allemand par Bernard Lortholary
    Présentation, notes et bibliographie par Patrick Hochart

  • Abrégé de théorie analytique (1931)
    Un chapitre inédit du Portrait psychologique du président T.W. Wilson
    " Nous sommes autorisé à dire : tous les êtres sont plus ou moins névrosés. Chez certains malgré tout le compromis est si solidement fondé qu'ils peuvent supporter beaucoup de malheurs sans sombrer dans la névrose. Mais chez d'autres il suffit de très peu de déboires pour occasionner la formation de symptômes névrotiques. On peut dire pour conclure que tout Moi humain est le résultat final des efforts déployés pour trouver le compromis entre tous ces conflits, entre les conflits qui opposent les diverses aspirations de la libido, les conflits de la libido avec les exigences du Surmoi et avec les faits objectifs du monde extérieur réel. "
    Sigmund Freud
    Voici le texte, inédit en français, d'un document de travail rédigé par Freud en 1931 pour affermir la culture analytique du diplomate américain William C. Bullitt, qui préparait un ouvrage consacré au président T.W. Wilson. Il s'agit d'un bref résumé des grands principes de la psychanalyse, tels que Freud les avait alors constitués.
    Traduit de l'allemand par Jean-Pierre Lefebvre
    Présentation par Élisabeth Roudinesco

  • Trois essais sur la théorie de la sexualité
    " Mais il faut alors se souvenir que quelque chose du contenu de cet écrit, l'accent mis sur le rôle de la vie sexuelle dans toutes les opérations humaines et l'élargissement du concept de sexualité qui est tenté ici ont de tous temps constitué les motifs les plus intenses de résistance à la psychanalyse. On est allé, dans le besoin de slogans sonores, jusqu'à parler de "pansexualisme', et jusqu'à lui faire le reproche inepte de "tout' expliquer à partir de la sexualité. On pourrait s'en étonner, si l'on était capable d'oublier combien les facteurs affectifs peuvent troubler et rendre oublieux. "
    Sigmund Freud
    Traduit de l'allemand par Marc Géraud
    Présentation, notes et bibliographie par Fabien Lamouche

  • Printemps 1915 : la Première Guerre mondiale a éclaté depuis moins d'un an, et déjà les valeurs qui faisaient l'orgueil de la civilisation européenne sont mises à mal. Contemporain des événements, Freud livre les réflexions que lui inspire ce conflit d'une violence sans précédent. C'est moins le psychanalyste que le témoin qui s'attache à penser les mécanismes à l'oeuvre dans la guerre ; sans céder à l'angoisse ou au sensationnalisme, il examine le rapport de la société à la mort.
    Deux ans après Totem et tabou, Freud interroge les fondements d'une civilisation qui, à l'orée du XXe siècle, a sombré dans la plus primitive des barbaries.
    Dossier
    1. Au commencement était la guerre ?
    2. « Quelle connerie la guerre ! »
    3. Nécessité de la guerre
    4. Comprendre et éviter la guerre

  • Le délire et les rêves dans la Gradiva de W. Jensen
    " Les écrivains sont de précieux alliés et il faut attacher un grand prix à leur témoignage, car ils savent toujours une foule de choses entre ciel et terre, dont notre sagesse d'école ne peut encore rêver. Même en psychologie, ils ont beaucoup d'avance sur nous qui sommes des hommes ordinaires, parce qu'ils puisent là à des sources que nous n'avons pas encore exploitées pour la science. [...]
    Quand bien même notre examen ne nous enseignerait rien de nouveau sur l'essence des rêves, l'angle choisi nous permettra peut-être un petit aperçu de la nature de la production littéraire. "
    Sigmund Freud
    Traduit de l'allemand par Dominique Tassel
    Présentation, notes et bibliographie par Henri Rey-Flaud

  • À l'origine de ce livre, une circonstance bien particulière : il y a péril en la demeure et urgence à le conjurer. Pour la première fois, la psychanalyse est menacée du dedans. Auparavant les attaques étaient venues du dehors. Elles n'avaient pas manqué ni cessé et Freud ne s'en était guère soucié. Il n'avait pas de goût pour la polémique, disait-il, et la jugeait vaine. La psychanalyse - la sienne, la seule qui ait droit à ce nom - finirait bien par être reconnue pour ce qu'elle est, le temps ferait son oeuvre avec la poursuite de l'oeuvre.
    La situation change du tout au tout quand ce sont des proches, et au premier chef Jung, le 'prince héritier', qui s'affirment psychanalystes alors qu'aux yeux de Freud ils ont cessé de l'être. Il n'est plus permis de se taire, il faut engager le fer. Et, quoiqu'il s'en défende ici et là, c'est un texte vigoureusement polémique qu'écrit Freud, un texte qui, pour avoir été longtemps négligé, retrouve une singulière actualité en ce temps d'éclatement de la 'communauté' psychanalytique.
    Nous sommes au début de l'année 1914, quelques mois avant que ne se déchaîne l'autre guerre, la Grande...

  • La correspondance (1907-1939) de Sigmund Freud avec ses cinq premiers enfants, Mathilde, Martin, Olivier, Ernst et Sophie - Anna, la cadette, ayant fait l'objet d'une publication séparée - permet de découvrir quel père a été l'inventeur de la psychanalyse et d'observer l'homme à distance de sa théorie et de sa pratique analytique.
    Freud n'était pas un père au quotidien, et son activité professionnelle l'éloignait de ses enfants. Mais il veillait à rester pour eux un soutien inaliénable, alors même qu'ils étaient devenus adultes. Il manifestait à leur égard une humanité profonde et palpable, une générosité débordante. Jamais il ne leur opposait une attitude moralisante. Au-delà de l'aide bienveillante, financière, psychologique et médicale, il contrebalançait son autorité par une écoute, une compréhension, une souplesse constantes. En patriarche, il avait "un besoin urgent à la vie à la mort" du sentiment que ses enfants "aient ce qu'il leur faut". Au risque peut-être de les maintenir dans la dépendance.
    Certains traits de la pensée scientifique de Freud s'éclairent de ce jour nouveau. La même franchise face aux questions d'argent ou de sexualité, le même attachement à comprendre l'autre, la même tolérance envers l'humain... Aucune autre source que ces paroles paternelles n'exprime mieux la cohérence qui existe entre la personne de Freud et son oeuvre.

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