• Trois études, la première est consacrée à Mozart, la seconde à Van Gogh et la troisième à Rainer Maria Rilke. Elles interrogent la biographie au regard de l'oeuvre ou l'oeuvre au regard de la biographie. Elles tendent à démontrer que l'une et l'autre quoique bien évidemment contemporaines mènent chacune leur vie propre.

  • Poursuivre. - Poursuivre, il le faut, mais pourquoi ? - Telle est l'injonction pure qui commande, mais au défaut de toute autorité, ce livre ; qui le mine aussi bien, et l'exténue comme tel, -le délivrant là, chose de discours brève, désolée, à peine encore assortie d'un nom (mais saura-t-on jamais qui a écrit ces pages ?) et d'un titre : la suite, la simple suite. Depuis bientôt dix ans Roger Laporte poursuit, en effet, avec une obstination étrange, peut-être incompréhensible (folle), une même entreprise. Elle s'intitulait à l'origine Fugue, et c'était déjà, sous le signe d'une définition retrouvée dans Rousseau, une manière de poursuite : il s'agissait de traquer, dans le geste même et le temps de l'écriture, l'insaisissable genèse, la toujours fuyante essence du jeu insensé. Non pas, donc, comme on s'est empressé de le croire, d'écrire sur l'écriture [...] mais plutôt d'écrire l'écriture, ce qui n'est pas la réfléchir déjà existante, mais l'inventer encore inconnue, en faire l'expérience nue et primitive. Entreprise impossible, dès son principe. Mais cela fait bientôt dix ans que Roger Laporte la poursuit. [...] Qu'on n'imagine pas cette entreprise abstraite. Qu'on lise, au contraire, simplement : cette douleur, cette suffocation, ce vacillement perpétuel de la certitude, cet appauvrissement de la force, cette dérobade de toute sanction (la mort qui tarde à venir et la folie qui ne se déclare pas), c'est une vie - c'est la vie se défaisant, ne parvenant pas à se faire, se décrivant sans relâche : le chant pur, le chant pervers d'une parole sans soutien. Texte de tourment. La suite, probablement, de ce que nous appelons encore la littérature. Philippe Lacoue-Labarthe

  • La veille

    Roger Laporte

    "Il a disparu. Le moment propice est donc enfin venu de mettre mon projet à exécution, mais pourquoi ce malaise inattendu ? Je redoutais, en décidant d'écrire, de commettre une imprudence, de lui offrir malgré moi un terrain propice, de susciter sa venue de manière si prompte que je n'aurais même pas eu le temps d'écrire le premier mot, et certes, pendant longtemps, il me suffisait d'envisager même timidement mon projet pour qu'il mît fin à ma tranquillité, mais cette fois mon appréhension a été vaine : j'écris, et pourtant il ne s'est toujours pas manifesté." Roger Laporte

  • Des pages sur la poésie, la solitude, la vie et la mort.

  • Le travail d'écriture est souvent comparé à un frayage. Ici, non seulement le chemin est ponctué de fondrières, mais il se creuse en arrière de lui-même et se coupe, ou presque, de ses bases. Dans FUGUE 3, après FUGUE et SUPPLÉMENT, est repris et accentué le travail du tissage et surtout le contre-travail du détissage qui constituent le texte tout en déconstituant le soi-disant auteur. Qu'écrire soit ce "jeu insensé" nommé par Mallarmé ou par Blanchot, ce jeu périlleux où s'abîme sans fin le sujet et jusqu'à la notion de sujet, mais que la vie, une vie encore inconnue (mais où même le politique serait changé) soit inséparable de l'écriture, telle est la difficile énigme que Roger Laporte appelle la Biographie.

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