• Geisha et samurai: une image traditionnelle du Japon d'Edo. Mais au-delà des stéréotypes, il convient de découvrir les transformations qui caractérisent la société nippone entre le XVIIe et le XIXe siècle: la naissance d'une vie urbaine, l'ouverture sur le monde, les innovations dans les sciences, les techniques et les arts... L'histoire d'un bouillonnement culturel sans précédent, ou comment une période dite féodale s'avéra le creuset du Japon moderne.

    Chercheur au Centre de recherche sur les civilisations de l'Asie Orientale, habilitée à diriger des recherches en études extrême-orientales et en histoire des sciences et épistémologie, Mieko Macé est spécialiste de l'histoire de la médecine et de la pensée médicale au Japon. Elle est co-auteur du Japon d'Edo (Les Belles Lettres, 2006) et de Repenser l'ordre, repenser l'héritage. Paysage intellectuel du Japon du xviie au xixe siècles (Droz, 2002), directrice du « Dossier épistémologie » du numéro 4 de la revue Daruma (Picquier, 1998) et auteur de nombreuses publications scientifiques sur la pensée médicale au Japon et en Chine.

  • Ce recueil de poèmes en prose d'un art un peu surréaliste, subtilement érotique, est le premier livre de Gérard Macé. André Pieyre de Mandiargues a tenu à le préfacer : "Macé, qui perd rarement de vue Rimbaud, et, dans un fond plus lointain, Nerval, met l'écriture automatique en marche comme on ferait en tournant une clé, la conduit comme on conduit un moteur, coupe le contact et se laisse courir un peu sur une ligne de points (de suspension), sans refermer la parenthèse ouverte... Et, simplement, je dirai que je trouve originaux et beaux les poèmes de Gérard Macé, qui est un solitaire et qui vit à l'obscur..."

  • Vite, des cabanes. Pas pour s'isoler, vivre de peu, ou tourner le dos à notre monde abîmé?; mais pour braver ce monde, l'habiter autrement : l'élargir.
    Marielle Macé les explore, les traverse, en invente à son tour. Cabanes élevées sur les ZAD, les places, les rives, cabanes de pratiques, de pensées, de poèmes. Cabanes bâties dans l'écoute renouvelée de la nature - des oiseaux qui tombent ou des eaux qui débordent -, dans l'élargissement résolu du « parlement des vivants », dans l'imagination d'autres façons de dire nous.

  • "Tout le monde pense, les poètes aussi.
    On ne s'en aperçoit pas toujours, parce qu'on préfère les voir en rossignols ou en oiseaux lyres, distraits plutôt que pensifs. Ou en êtres irrationnels, en proie à une fureur dangereuse pour la Cité, ce qui conduisit Platon à les bannir de sa République.
    Et pourtant. Comment ne pas penser quand la mémoire et le langage sont en jeu, quand tout l'être soutenu par le rythme est à la recherche du mot juste, afin de piéger une vérité qui se dérobe ? Mais la pensée des poètes exerce un charme, et l'on se méfie de ce qui ensorcèle, on n'aime guère être séduit quand on voudrait que règnent les idées. La poésie pense en images, elle s'empare d'objets imprévus ou réputés futiles. Elle aime les surprises plutôt que la théorie, la sensualité plutôt que l'abstraction, et c'est souvent après coup que le poète découvre ce qu'il avait à dire."

    Vingt-trois grands poètes, de Charles Baudelaire à Jacques Réda, peuplent cette anthologie conçue par un vingt-quatrième d'entre eux.

  • À la veille de la prochaine élection présidentielle, les mêmes acteurs s'apprêtent à jouer la même pièce, dans un théâtre vidé de ses spectateurs. Mais quand le pouvoir est à prendre, tout devient possible, y compris - surtout ? - le recours à un homme providentiel.  Imaginez un pays : la France. Imaginez une élection présidentielle, avec ces noms rebattus, et qui seront battus. Imaginez maintenant un candidat surprise, qui ne parle que de restaurer l'autorité dans un pays rabaissé. Un outsider qui fait la une des journaux et qui grimpe inexorablement dans les sondages...
    En mettant sa plume au service de cet homme, le personnage principal de ce récit, Benjamin Strada, relate la plus surprenante des campagnes électorales, qui voit s'affronter deux mondes en un formidable jeu de dupes. Deux mondes qu'à l'arrivée bien peu de choses opposent. Dans cette fable amorale et burlesque, Joseph Macé-Scaron décrit comme personne, à travers une galerie de portraits vachards, les coups bas médiatiques, les grandes trahisons mêlées d'embrassades, et tout un microcosme aveugle à ses propres échecs. Il nous met surtout en garde contre cette folie d'espérer un sauveur dans un monde absolument privé d'amour. Rassurez-vous : pour l'instant, tout cela n'est qu'un roman !

  • Peut-on échapper à ce mélange de colère et de mélancolie et à son effet de paralysie sidérante que suscitent en nous le sort des migrants et le traitement réservé à cette humanité précaire?? S'appuyant sur diverses expériences et sur une analyse nourrie de ses lectures, Marielle Macé tente d'opérer un retournement. Elle oppose à la sidération la considération, qui n'exclut pas la compassion. Tout en approfondissant le sens de ce mot, elle nous invite à risquer d'autres formes d'écriture politique de l'hospitalité.

  • Georges Dumézil et les peuples de l'Antiquité, dont les histoires et les croyances sont parvenues jusqu'à nous grâce aux textes, comme dans une migration des âmes qui aurait laissé des traces ; Pierre Clastres et les Indiens Guayakis à peine sortis de la forêt, qui mangent leurs morts et connaissent donc le vrai goût de l'homme ; Marcel Griaule qui croit rencontrer Homère en Afrique, et cueillir le récit des origines sur les lèvres d'un vieillard aveugle ; ces trois expériences (et la lecture en est une, aussi intense que des voyages plus risqués), sont l'occasion de revisiter le musée de l'homme ; non pas celui du Trocadéro où les différentes expéditions ont entassé leurs reliques et leurs trésors, mais celui dont chacun d'entre nous est le fondateur et le gardien, mêlant ses souvenirs personnels à ceux des voyageurs et des peuples disparus, à la merci d'une mémoire qui refait sans cesse l'inventaire... Un musée où les morts se mettent à parler, où les vivants échangent leurs rôles et leurs masques, redisent les anciennes légendes en les interprétant, relancent l'imaginaire en s'inventant des origines, comme de vieux enfants parfois trop crédules.
    Ce qui permet de vérifier encore une fois ce que la littérature essaie de nous apprendre depuis toujours : qu'il existe une autre communauté que celle du sol ou du sens, - la communauté des hommes qui se souviennent des mêmes récits.

    Prix Roger-Caillois 2002

  • Occupy Wall Street, Indignés, Nuit Debout - plus que jamais la question est posée de définir la vie que nous souhaitons choisir et vivre.

    Une vie vécue est inséparable de ses formes, de ses modalités, de ses régimes, de ses gestes, de ses façons, de ses allures... qui sont déjà des idées. Le monde, tel que nous le partageons et lui donnons sens, ne se découpe pas seulement en individus, en classes ou en groupes, mais aussi en "styles", qui sont autant de phrasés du vivre, animé de formes attirantes ou repoussantes, habitables ou inhabitables, c'est-à-dire de formes qualifiées : des formes qui comptent, investies de valeurs et de raisons d'y tenir, de s'y tenir, et aussi bien de les combattre.

    C'est sur ce plan des formes de la vie que se formulent aujourd'hui beaucoup de nos attentes, de nos revendications, et surtout de nos jugements. C'est toujours d'elles que l'on débat, et avec elles ce sont des idées complètes du vivre que l'on défend ou que l'on accuse. Une forme de vie ne s'éprouve que sous l'espèce de l'engagement, là où toute existence, personnelle ou collective, risque son idée. Vouloir défendre sa forme de vie, sans tapage, en la vivant, mais aussi savoir en douter et en exiger de tout autres, voilà à quoi l'histoire la plus contemporaine redonne de la gravité.

    Bien au-delà du champ de l'art, Marielle Macé propose la construction critique d'une véritable stylistique de l'existence. Cela suppose de s'intéresser sans préjugé à tout ce qu'engagent les variations formelles de la vie sur elle-même - styles, manières, façons - et de ne pas traiter forcément de vies éclatantes, triomphantes, d'apparences prisées ou de corps élégants. Ce n'est pas seulement la littérature mais bien toutes les sciences humaines qui, pour comprendre le monde immédiat, sous nos yeux, doivent s'y rendre vraiment attentives.

  • La lecture est l'une de ces conduites par lesquelles, quotidiennement, nous donnons un aspect, une saveur et même un style à notre existence.
    "J'allais rejoindre la vie, la folie dans les livres. [...] La jeune fille s'éprenait de l'explorateur qui lui avait sauvé la vie, tout finissait par un mariage. De ces magazines et de ces livres j'ai tiré ma fantasmagorie la plus intime..."
    Lorsque le jeune Sartre se rêve en héros après avoir lu les aventures de Pardaillan, il ne fait rien d'exceptionnel, sinon répéter ce que nous faisons tous quand nous lisons, puissamment attirés vers des possibilités d'être et des promesses d'existence que donne la littérature.
    C'est dans la vie ordinaire que les oeuvres se tiennent, qu'elles déposent leurs traces et exercent leur force. Il n'y a pas d'un côté la littérature, et de l'autre la vie ; il y a au contraire, dans la vie elle-même, des formes, des élans, des images et des styles qui circulent entre les sujets et les oeuvres, qui les exposent, les animent, les affectent. Car les formes littéraires se proposent dans la lecture comme de véritables formes de vie, engageant des conduites, des démarches, des puissances de façonnement et des valeurs existentielles.
    Dans l'expérience ordinaire de la littérature, chacun se réapproprie son rapport à soi-même, à son langage, à ses possibles et puise dans la force du style une esthétique.

  • "Comment présenter Sade au lecteur de bonne foi ?
    Comment le persuader que l'érotisme, malgré tant de scènes de débauche, est loin de résumer l'homme ou l'oeuvre ?
    Comment faire un portrait de Sade qui n'édulcore rien, mais ne recommence pas le procès ?
    Comment, enfin, lire Sade pour ce qu'il est ? Un auteur prolifique, à l'insatiable curiosité, qui connaît du monde tout ce qu'on peut connaître à son époque, jusqu'en Afrique et en Océanie. Qui a interrogé la nature humaine à partir de sa propre expérience, et de son imagination sans limites. Et surtout, qui a comparé passionnément les croyances, les coutumes de tous les peuples, sans préjugés.
    Alliant à une sexualité qui n'est plus tournée vers la procréation un athéisme radical et la volonté d'en finir avec les tyrans, Sade s'aventure sur les territoires des ethnographes et des anthropologues, dont il est le précurseur en héritier des Lumières.
    C'est ce que j'ai voulu montrer en faisant le récit de ma lecture."
    Gérard Macé.

  • "La vie n'est pas simplement une question de destin, mais de passion. Retrouver la parole perdue, c'est se restituer une origine qui s'accorde à l'ordre du monde. [...] Bois dormant narre une exploration de soi en vue de répondre à l'injonction prononcée dans Le jardin des langues : "Videz-vous de la peur de la nuit". L'effroi de la mort n'a d'autre raison que l'ignorance de la naissance. On piétine dans les marais de la mémoire afin, momentanément, de remonter au commencement de soi, à l'origine de l'écriture, au point du jour."
    Jean Roudaut.

    C'est en ce point du double éveil de l'être et du monde que se tient Gérard Macé. Aussi est-il, comme le suggérait Hölderlin, l'un de ceux qui tentent "d'habiter poétiquement le monde". D'où ce statut d'écrivain-poète qui est sa marque propre. Avec lui, il est vrai, ainsi qu'il l'a déclaré, "la poésie est tombée dans la prose", et c'est un surcroît d'espace soudain accordé à l'écriture poétique.

  • "De Champollion, j'ai d'abord su qu'il n'était pas en Égypte avec Bonaparte ; que de la pierre de Rosette il n'a jamais vu que des copies plus ou moins fautives ; qu'il souffrait de la goutte et de ses pieds enflés comme ceux d'OEdipe ; qu'il entendait rugir un lion dans le nom de Cléopâtre, et qu'il s'évanouit devant son frère quand il eut trouvé le secret des hiéroglyphes...

    Puis j'ai su que pendant l'hiver 1827 on lui fit la lecture des romans de Fenimore Cooper, en particulier Le dernier des Mohicans. Je l'ai suivi sur cette piste romanesque, à travers une forêt qu'il cherchait peut-être à déchiffrer en même temps qu'il s'intéressait aux moeurs et aux coutumes "des nations sauvages de l'Amérique"".

    Prix France Culture 1989

  • Les travaux de la fée, que j'ai toujours vue baguée d'un dé à coudre : faire passer le manteau de la mémoire à travers le chas d'une aiguille.

    Depuis des semaines et des mois je tournais et retournais, dans mon esprit obnubilé par la lecture de Proust, ces quelques mots volés je ne sais où, puis tombés dans la poussière de la prose, quand le nom de Fortuny lu par hasard dans un dépliant sur Venise me rappela le fantôme d'Albertine, le manteau de la fugitive, et le voyage sans cesse remis du narrateur dans la Recherche du temps perdu.

    Deux fois déjà j'étais allé à Venise, mais sans rien voir ou presque, et sans autre souvenir que ceux qu'on trouve partout dans les livres. Et dans la Recherche elle-même le séjour du narrateur était curieusement resté lettre morte. Cette fois, par un effet de mimétisme auquel n'échappent guère les lecteurs de Proust (ils n'échappent pas davantage à l'hypnose et à la soumission), j'étais sûr que le nom de Fortuny serait un sésame, et que le "fils génial de Venise" m'aiderait à m'orienter dans le dédale de la ville et les souvenirs de lecture.

    J'ai donc suivi ce fil arraché au manteau d'Albertine, qui se retrouve aussi dans le vêtement de Peau d'Âne, le costume d'Esther et les voiles de Shéhérazade...

    Gérard Macé.

  • "Sous l'un de ses portraits, Nerval a écrit de sa main: 'Je suis l'autre'.
    Cette formule, qui n'est pas moins troublante que celle de Rimbaud, 'Je est un autre', est sans doute plus dangereuse pour son auteur, dont l'identité vacillante est un trait constant de son génie poétique, mais l'entraîne dans la folie. Cette façon de se confondre avec un autre, jamais le même en apparence, est d'ailleurs à l'origine d'El Desdichado, l'un des plus beaux poèmes de la langue française, dont la musique est celle d'un chant funèbre en même temps qu'une paradoxale affirmation de soi.
    Des Illuminés à Aurélia, en passant par Les Filles du feu, les poésies allemandes et Les Chimères, j'ai interrogé à mon tour un portrait de Nerval, le portrait changeant qu'il a laissé dans son uvre, et je l'ai complété par le témoignage d'un contemporain, si vraisemblable qu'il a le charme d'un propos saisi sur le vif, si peu connu qu'il a l'intérêt d'un inédit."
    Gérard Macé.

  • Colportage

    Gérard Macé

    "Le colporteur apportait autrefois, de village en village, des livres et des colifichets, de la mercerie, des calendriers, des images pieuses, des remèdes de bonne femme et des plans sur la comète. Il jouait le rôle de libraire ambulant, qui faisait circuler les nouvelles et prodiguait des conseils.
    Je reprends à mon compte cette figure de vagabond qui sait lire, de Juif errant incrédule, qui a vu le monde et même voyagé dans le temps.
    Dans ma besace de lecteur et de promeneur, je propose donc des livres que j'aime, des vers et de la prose, des images savantes et populaires, des commentaires mêlés de rêveries, et même des histoires brèves. Sans autre but que de partager mon plaisir, et quelquefois mes indignations."
    Gérard Macé.

  • "Y a-t-il encore un libéral dans la salle ?
    Le libéralisme n'a pas, aujourd'hui, bonne presse. Il est vrai qu'il est soumis à rude épreuve entre ceux qui l'utilisent pour justifier leurs lâches abandons et ceux qui s'en servent pour déconsidérer leurs adversaires en le réduisant à l'économie.
    Or dans un monde de plus en plus complexe et soumis au diktat de l'immédiateté, il n'a jamais autant été une idée neuve. Jamais il n'est autant apparu comme le meilleur des remèdes au cynisme politique, aux passions extrémistes, au politiquement correct et aux folies identitaires.
    Riche de rappels et d'explications, d'événements et de portraits, Joseph Macé-Scaron rappelle avec érudition comment la liberté individuelle a construit la France moderne et combien elle est apte à édifier celle de demain.
    Loin de tout esprit de système, le libéralisme nous apprend enfin, dans un monde où l'irrationnel règne, qu'on peut être modéré avec passion. "

  • La pantomime, le cinéma muet, le cirque : ces trois spectacles sans paroles (mais pas toujours silencieux) sont loin d'être privés de sens, même si le visage, les gestes, le corps tout entier s'expriment en se passant de tout discours, ce qui dans le monde d'aujourd'hui est presque une forme de résistance.

    Ces trois arts si proches de l'enfance à proprement parler, puisqu'ils sont muets, proposent d'autre part un traité du style et de la composition, car l'impeccable enchaînement de leurs figures est un savant dosage d'audace et de rigueur, de mémoire et d'improvisation.

    Ce ne sont pas pour autant des refuges à l'abri des violences de l'histoire : sur la scène, l'écran ou la piste, la réalité fait parfois irruption comme un courant d'air déséquilibrant les funambules que nous sommes ou comme une bête fauve dévorant les dompteurs que nous prétendons être.

  • "Promesse, tour et prestige sont les trois moments d'un spectacle de magie.
    Cette dramaturgie très simple est faite d'apparitions et de disparitions, de doutes et d'enchantement, comme la poésie et notre rapport au monde, mais donner trop d'explications est contraire aux usages, et tout dévoiler dépasse nos compétences."
    Gérard Macé.

  • "C'est grâce à un nom de femme, aussi mystérieux que les lettres effacées d'un alphabet ancien, aussi difficile à retenir qu'une langue apprise et jamais parlée, que m'est revenu non le souvenir d'un rêve, mais le souvenir d'avoir rêvé."

    Le nom obscur et fascinant auquel il est fait allusion dès les premières lignes du récit de Gérard Macé, c'est celui de Crepereia Tryphaena, qui désigne à la fois une morte et sa poupée, retrouvées sur les bords du Tibre à la fin du siècle dernier. À partir de l'histoire incertaine du sarcophage (qui date du deuxième siècle) et d'un rêve qui revient à ce propos, le narrateur erre dans la mémoire des noms, qui contient aussi ses propres souvenirs. Grâce à l'évocation de vies antérieures (dont celle de Champollion) et d'une identité qui se confond avec un jeu d'écritures, grâce à l'image d'un mannequin mais aussi grâce à l'étrange rendez-vous que propose le présent, dans un Paris à peine plus réel que la Rome antique ou l'Égypte des songes, le narrateur est alors confronté à un univers d'ombres, à des silhouettes agrandies, à des visages qui se ressemblent, à des vérités entrevues...

    Ajoutons que les trois coffrets du titre viennent d'une tradition lointaine, celle des contes populaires dont s'est inspiré Shakespeare pour Le marchand de Venise, et que Freud a commentée.

  • Le temps, c'était donc lui la figure de proue à l'avant de tous les navires, monstre ou sirène aux formes lisses dans le vent du départ, visage mouillé de larmes après avoir essuyé les tempêtes, vieux bois vermoulu survivant à tous les naufrages et flottant à la fin sur les eaux de la mémoire.
    C'est lui qui fait courir les nuages et qui gonfle les voiles, qui se retourne et s'enroule sur lui-même en orient, qui lance des vaisseaux dans un sens et dans l'autre l'autre, les fait danser entre la lune et la marée, accompagne nos musiques et le compte des syllabes, les brèves et les longues se succédant par vagues.

  • "La lecture de Segalen à la fin de l'adolescence, l'apprentissage rudimentaire et vite abandonné de la langue chinoise, puis trois voyages au Japon ont fini par me donner, autant qu'une connaissance de l'Orient, un autre regard sur ce qui m'était le plus proche. C'est pourquoi prennent place dans un même volume, à la suite de Leçon de chinois et Choses rapportées du Japon, les tercets des Petites coutumes, inspirés par le village d'Île-de-France où j'ai été enfant.

    Hölderlin l'avait déjà formulé, avec d'autres mots : l'une de nos tâches les plus ardues, mais les plus nécessaires, consiste à s'approprier ce qui nous est le plus familier. Chacun à sa façon, avec des détours qui lui sont propres."
    Gérard Macé.

  • Les quelque six années passées par l'empereur et son mince entourage sur un rocher perdu de l'Atlantique sud forment un contraste cruel avec les temps du Consulat et de l'Empire qui ont eu l'Europe entière pour théâtre et des centaines de milliers d'hommes pour protagonistes. Ces années de huis clos ont pourtant été d'une densité exceptionnelle, et des figures remarquables se sont révélées à la faveur de circonstances pour le moins particulières.

    Sous la forme d'un dictionnaire encyclopédique, cet ouvrage constitue une véritable somme. Exploitant avec sagacité la totalité des témoignages et des récits laissés par les Français bien sûr, mais aussi par les Anglais (traditionnellement négligés voire ignorés), il éclaire la formation et le fonctionnement d'une Cour en miniature, il relate les intrigues politiques, parfois amoureuses, qui se sont nouées, dresse de multiples portraits, débrouille un certain nombre d'énigmes, révèle de multiples conflits suscités par un microcosme parfois insupportable...

    Cet ouvrage est sans précédent ni équivalent.

  • La carte de l'empire est un nouveau volume de Pensées simples (le premier a été publié dans la collection Blanche en 2011). Les réflexions, notes de lectures, souvenirs et anecdotes qu'il rassemble au gré de trois sections pourraient passer pour disparates aux yeux d'un lecteur distrait.
    Un principe d'ensemble en émerge néanmoins peu à peu, qui est justement la négation de tout principe d'ensemble. Pour Macé il n'existe pas d'origine, ni de l'homme, ni des langues, ni de la culture. Tout est affaire de glissements, de déplacements d'un pays à un autre, d'un sens à un autre, d'un son àl'autre, etc. (Un point de vue qu'il étaye de très beaux exemples, puisés dans l'oeuvre de Rabelais, dans l'histoire du Japon, comme dans Lévi-Strauss.). Pas plus qu'il n'y a d'origine, il n'y a pour lui de centre (le présent manuscrit d'ailleurs n'en a pas). Macé s'exerce à regarder le monde, non depuis l'Europe, mais depuis le Japon, ou l'Afrique. Il met face à face les grands totalitarismes du XXe siècle quand on a l'habitude de les opposer. Il juxtapose les regards de cinéastes aussi différents qu'Ozu et Michael Cimino. Et quand il parle de littérature, il récuse le roman et sa domination, affirmant : La poésie m'a sauvé la mise.
    Ces fragments opèrent entre eux et forment un discours de plus en plus net et pénétrant. Un livre en forme de cabinet de curiosités, patiemment composé par un écrivain flâneur et érudit au goût et au regard très sûrs.

  • En dépit d'un égalitarisme revendiqué entre les hommes et les femmes, nous ne cessons de fabriquer collectivement des inégalités de genre : carrières, salaires, charges parentales et domestiques, etc. Faut-il voir dans les discriminations et les formes insidieuses de subordination la persistance d'une domination masculine patriarcale souvent décrite comme une matrice anthropologique si puissante que sa critique, aussi radicale soit-elle, n'y peut rien changer ?
    Dans cet ouvrage, Éric Macé propose un autre cadre d'analyse. Il réinscrit les rapports de genre dans leurs contextes historiques et sociaux pour montrer comment, aujourd'hui, la tension entre un principe d'égalité partagé et la fabrique collective d'inégalités exprime les ambivalences d'un " arrangement de genre " instable et provisoire : celui de l'après-patriarcat, issu des transformations successives du patriarcat et de ses contradictions internes.
    Dès lors, il devient possible de résoudre le paradoxe de l'égalitarisme inégalitaire des sociétés occidentales, mais aussi de comprendre les formes composites d'arrangement observées ailleurs dans le monde.
    Professeur de sociologie à l'Université de Bordeaux, Éric Macé a notamment publié Pourquoi moi ? L'expérience des discriminations (avec François Dubet, Seuil, 2013), et Les Féministes et le Garçon arabe (avec Nacira Guénif, L'Aube, 2004).

empty