• À quoi bon ? À quoi bon ? répondait-elle doucement aux projets que faisait Meaulnes. Mais lorsqu'enfin il osa lui demander la permission de revenir un jour vers ce beau domaine : Je vous attendrai, répondit-elle simplement. Ils arrivaient en vue de l'embarcadère. Elle s'arrêta soudain et dit pensivement : Nous sommes deux enfants ; nous avons fait une folie. Il ne faut pas que nous montions cette fois dans le même bateau. Adieu, ne me suivez pas.
    Meaulnes resta un instant interdit, la regardant partir.

    Le roman d'Alain-Fournier est enrichi d'une préface inédite de Pierre Péju et d'un long portrait de l'auteur par son ami Jacques Rivière : deux textes permettant de mieux comprendre les circonstances de l'élaboration du Grand Meaulnes et sa place particulière dans la littérature française.

  • Après dix ans de silence, Franck téléphone un soir à ses parents. Curieusement, c'est un petit garçon qui décroche. Plus curieusement encore, il s'appelle Alexandre, comme son frère disparu des années auparavant. Franck décide alors de revenir dans la ferme familiale. Louise, elle, a prévu d'y passer quelques jours avec son fils. Franck et Louise, sans se confier, semblent se comprendre. « On ne refait pas sa vie, c'est juste l'ancienne sur laquelle on insiste », pense Franck en arrivant. Mais dans le silence de cet été ensoleillé et chaud, autour d'un enfant de cinq ans, « insister » finit par ressembler à la vie réinventée.
    L'Amour sans le faire, c'est une histoire de la tendresse en même temps qu'un hymne à la nature, une nature sauvage, imprévisible, qui invite à changer - et pourquoi pas à renaître.

  • Entre son ex-femme dont il est toujours amoureux, ses enfants qui lui manquent, son frère qui le somme de partir s'occuper de ses parents « pour une fois », son père ouvrier qui s'apprête à voter FN et le tsunami qui ravage un Japon où il a vécu les meilleurs moments de sa vie, tout semble pousser Paul Steiner aux lisières de sa propre existence. De retour dans la banlieue de son enfance, il va se confronter au monde qui l'a fondé et qu'il a fui. En quelques semaines et autant de rencontres, c'est à un véritable état des lieux personnel, social et culturel qu'il se livre, porté par l'espoir de trouver, enfin, sa place.
    Dans ce roman ample et percutant, Olivier Adam embrasse dans un même souffle le destin d'un homme et le portrait d'une certaine France, à la périphérie d'elle-même.

  • Phoenix, Arizona, automne 1962. Scott vit des instants de grâce auprès d'une mère aimante et tente d'échapper à l'ivresse sauvage d'un père revenu brisé de la guerre. Scott est un doux rêveur, en quête d'absolu et de grands espaces. Chaque jour s'ouvre sur les retrouvailles avec sa mère, infirmière de nuit au Memorial Hospital, et s'achève sous la menace du tyran à la patte folle. Un matin d'octobre, mère et fils prennent la fuite en direction de Flagstaff. Le destin les attend sur la route 17.
    Avec Les derniers jours de Stefan Zweig, Laurent Seksik retraçait la tragédie d'un homme meurtri. La Légende des fils raconte l'odyssée d'un adolescent dans l'Ouest américain des années 1960. Le récit de l'innocence perdue.

  • Ils disent que le Messie est toujours vivant. Qu'il vit à New York en plein xxie siècle. Qu'il a des liaisons avec des hommes, engrosse les filles, soigne les malades et euthanasie les mourants... Ils disent qu'il défie le gouvernement et bafoue le sacré.
    Et vous, que feriez-vous si vous le rencontriez et qu'il changeait votre vie ? Le prendriez-vous au sérieux ? Une chose est sûre : que vous soyez bouleversés ou enragés, vous serez fascinés par ce chef-d'oeuvre de James Frey, aussi révolutionnaire et irrévérent que profondément sensible.

  • Nous sommes en avril 1909 à Adana, au sud de la Turquie.
    Adana, l'opulente plaine de Cilicie, ses champs de coton et ses vergers, le fleuve Seyhan, la mer Méditerranée. Qui aurait pu prévoir que des massacres ravageraient cette terre ? Que la folie saisirait le parti Union et Progrès ? Aucune union en vérité, aucun progrès.
    Il y a là des amis, des familles, des bergers, le poète Diran Mélikian, Atom Papazian le joaillier, Vahan le révolutionnaire. Ils assistent à la montée de la haine et de l'intolérance. Certains prient, d'autres prennent les armes et combattent. La mort frappera la plupart, l'exil sera le lot de certains.
    C'est toute la puissance du roman de Daniel Arsand de réinventer une ville et d'évoquer le destin d'un peuple. De donner un visage à l'Histoire.

  • Aux derniers jours du règne colonial, Albert Vandel n'a renoncé à rien. Il a la nostalgie du temps des pionniers, des conquêtes algériennes, quand, à la tête d'un bataillon de zéphyrs, il donnait son sang et son âme pour civiliser les peuples, pacifier les territoires. Pourquoi renoncerait-il ? Puisque les ors de la République lui ont permis d'étendre son pouvoir au fur et à mesure qu'il convertissait des contrées arides en inépuisables richesses ; puisque les Présidents et autres ministres de la France républicaine ont honoré cent années durant les ortolans de sa table. Barricadé dans son bordj avec les derniers grands colons d'Algérie, Albert Vandel devient fou comme un roi qui se meurt.
    Avec ce nouveau roman, Mathieu Belezi puise dans toutes les ressources d'une langue prophétique pour remuer les entrailles d'une mémoire obscène que certains préfèreraient oublier.

  • Tout un homme...

    Jean-Paul Wenzel

    Il s'appelle Ahmed. À 16 ans il quitte la Kabylie et embarque pour la France. On est en 1963. C'est le début d'une épopée qui le conduira d'Alger à Marseille, de Marseille à Paris, de Paris en Lorraine où il croise les yeux brillants de Leïla, fille de Mohamed, mineur de fond arrivé en Lorraine
    en 1947 qui le fait embaucher à la mine. Ils s'appellent Saïd et Omar, deux copains venus d'Assoul, un village du Sud marocain. On est en 1973. Un jour, une rumeur circule : « 44 francs par jour, logement gratuit, la France recrute!». Ils sont alors quelques milliers à converger vers Ouarzazate où ils attendent, en ligne et torse nu, qu'on leur appose sur la poitrine un tampon vert, indispensable sésame pour atteindre cet « eldorado » ou... un tampon rouge : recalés ! Pour Saïd et Omar, c'est « tampon vert » ! Le départ du pays, la traversée, l'arrivée en France, la Lorraine, le froid, la mine, la première descente au fond, la peur, le bruit, la solidarité, les fêtes, les accidents, les enfants, les femmes, les grèves, les retours au pays, la vie entre deux rives, parfois simple balancement, parfois fracture, gouffre...
    L'écriture forte et sensible de Jean-Paul Wenzel lui a été inspirée par la puissance d'évocation de ces hommes et de ces femmes, l'énergie considérable de leur parole.

  • Tombé par hasard sur un vieux numéro de Paris Match de 1962, relatant le procès de Georges Pessant, l' assassin à la Simca 1000 qui terrifia le Nord de la France et excita des procureurs trop bien intentionnés, le narrateur raconte sa propre enquête.
    II est mu par une obsession : rendre justice à un homme. Georges Pessant est innocent, quoi qu'en disent les mauvaises langues du voisinage, quoi qu'en dise ce Marc Treillou qui s'acharne sur sa mémoire, quoi qu'en disent les avocats des familles traumatisées. Et quoi que semblent avouer les pages écrites par Pessant en prison, accumulant les détails les plus sordides des meurtres... Le récit de quatre crimes sexuels et d'une erreur judiciaire se déploie avec une simplicité et une habileté diaboliques.
    Le lecteur est entraîné, il subit la fascination qu'exerce cette histoire criminelle, déchaînant les passions les plus noires dans une certaine province française des années soixante. Et ensuite, pauvre lecteur, un ultime renversement le renvoie à lui-même et aux grands problèmes que soulève le roman : vérité et mensonge, violence et soumission de l'opinion publique.

  • Elle est l'enfant unique d'un couple qui se déchire : Nadia grandit dans l'odeur de poudre et de feu. Entre Gaston, le père tyrannique et violent, et Fernande, la mère adorée, opprimée, qui lutte pour s'émanciper, la petite Française du Maroc souffre jusque dans sa chair. Cette enfant de Meknès, devenue une femme en morceaux, c'est la mère de Charles Berling.
    Aujourd'hui, elle est morte. Mais elle revit sous la plume de l'acteur qui la transfigure dans son récit. Charles Berling, en suivant ses traces, remonte le cours du mal qui a brisé Nadia. Il tente de percer le mystère de son histoire, de résoudre une énigme laissée en héritage. Son enquête, vitale, lui fait traverser les paysagesintenses du Maroc et les zones rouges de son identité.

  • Attention au scorpion

    André Boris

    Né(e) entre le 1er janvier et le 31 décembre, vous devriez prendre le temps de savourer une véritable comédie romantique avec des personnages à l'humour incisif, des rebondissements en cascade, un peu de sexe et beaucoup d'amour.

    Né(e) entre le 23 octobre et le 22 novembre, l'histoire de Julie Finkelstein, psychanalyste Scorpion, instinctive et sulfureuse, ressemble étrangement à la vôtre. Et si vous n'avez pas encore croisé de Guillaume Béranger, jeune homme Vierge, à l'esprit vif et indépendant, vous ferez bientôt une rencontre décisive...

  • Cahiers de paris

    Petr Král

    Petr Král est un poète-piéton. Il marche et repère ce que, dans la bousculade moderne, on n'aperçoit pas, une bouche de femme qui avive la marge de la ville, la feuille morte qui aiguillonne une voiture en glissant sur son toit, la mystérieuse zone du plafond qu'on désigne quand on enfile son manteau; il voit la viande qui tourne sur une broche « au milieu du cosmos ».
    Ces carnets qui parcourent quarante ans, de 1968 à 2006, rendent nostalgique d'un Paris qui disparaît progressivement comme la neige qui fond au soleil. Mais ils sont écrits avec un ton réjouissant et irrévérencieux où l'humour le dispute à la poésie. Un livre rare.

  • On a tous en mémoire un professeur qui a marqué notre vie d'écolier : une personnalité d'exception, un poète, un tyran... Pour le jeune Philippe Claudel, « un prof, c'était vieux, ça naissait vieux et ça n'avait pas d'existence hors de la salle de classe », jusqu'à cette rentrée de terminale où une jeune professeur de philosophie aux yeux presque mauves vient bousculer ses idées reçues...
    Pour l'élève de cinquième Magyd Cherfi, c'est grâce à Monsieur Castin, inflexible sur les fautes de prononciation et les subjonctifs imparfaits, qu'il est « devenu quelqu'un », le premier de la cité à passer en seconde, puis le chanteur aux phrases ciselées.
    Quatorze personnes, connues ou moins connues, anciens cancres ou premiers de la classe, sont invitées à se souvenir d'un de leurs professeurs. Ces récits courts, tantôt drôles, tantôt doux-amers et parfois cruels, reconstituent le film de l'école, le film de la vie.

  • Il s'agit d'une quête. Peut-être pas la plus arthurienne des quêtes, mais pas forcément la moins épique : trouver, de nos jours, un logement à Paris. Et les moyens de se l'offrir. C'est l'histoire d'un couple qui a commis une erreur : croire qu'il faut faire ce qu'on aime dans la vie. Cyril est photographe de presse, Pauline cuisinière free-lance. Ils naviguent entre Montmartre et les jolis cafés des bords de l'Ourcq. En clair, ce sont des bobos. Mais des bobos sans complexe de supériorité et qui défendent courageusement leurs rêves.
    Célibataires, ils se débrouillaient avec des miettes de revenus. Ils se sont rencontrés, ils sont tombés amoureux, ils ont décidé de s'installer ensemble. Le deux-pièces où ils devaient emménager leur échappe. Ils n'ont que quelques jours pour trouver un toit. Les agents immobiliers les éconduisent à une cadence de métronome. Bientôt, c'est la plongée dans l'envers de Paris, celui des trafics et des misères. Pauline et Cyril n'ont plus qu'un moyen de s'en sortir : le poker. Il va falloir apprendre à jouer. Il va falloir faire équipe au-delà des bonnes intentions et des jolis sentiments.

  • « Tu ne veux toujours pas te baigner ? » Cet été-là, il ne se baignera pas. Sa femme attendra longtemps qu'il se déride ou qu'il parle enfin ; ses deux jeunes enfants se tiendront à distance de ce père absent de leurs jeux.
    Cet été-là, il fête son anniversaire en fantôme. Sa maison de famille à la mer, encombrée par les souvenirs, lui pèse. Son amour pour sa femme est encore là, mais semble aussi loin que la marée. Alors il décide de prolonger, pour lui seul, son séjour sur l'île de Ré. Il va se remémorer leur longue histoire amoureuse et chercher à comprendre ce que la conjugalité a usé en eux. Leur amour, il aimerait savoir ce qu'il en reste. Mais on ne décide pas seul de l'avenir de son couple.
    Reste l'été est un conte cruel sur l'amour, quand il est mis au défi de durer.

  • « La débâcle familiale lui sautait aux yeux et tenait en quelques mots : son frère était emprisonné après avoir attenté à la vie d'un Allemand ; en représailles, sa maison de champagne avait été saisie. Sa mère, malade, basculait progressivement dans un autre monde, souvent prostrée, parfois démente, de temps en temps lucide. Trois événements distincts qui se nourrissaient les uns des autres, trois coups frappés à la porte du malheur. »
    Décembre 1940. Fraîchement débarquée de New York, Véra Keller retrouve le domaine familial qu'elle a quitté cinq ans plus tôt. Sous l'autorité d'un Weinfürher chargé par Hitler de fournir le Reich en bulles fines et légères, la collaboration se met en place entre Reims et Épernay. Révoltée par la France de Vichy, courageuse, insolente, Véra doit faire face au chantage, à la gestapo qui rode, aux vieux ennemis qui parient sur sa chute, à la perte d'êtres chers... L'aide inattendue d'un jeune Allemand qui n'a jamais cru à la propagande nazie empêchera-t- elle la terrible descente aux enfers qui attend Véra ?

  • Sophie à Cannes

    Sylvie Bourgeois

    À la suite d'une rupture amoureuse, Sophie, quarante ans, se retrouve "malgré elle" coincée à Cannes pendant le festival sans connaître les usages et coutumes du milieu du cinéma qui fascine tant son amie Géraldine.
    Son sens de la repartie et sa débrouillardise lui suffiront-ils à éviter les nombreux obstacles et déconvenues qu'une jolie femme livrée à elle-même et un peu perdue ne manque pas de rencontrer dans ce type de manifestations ?
    Dans un style alerte et plein d'humour, Sylvie Bourgeois nous fait pénétrer avec fantaisie et justesse dans les coulisses du plus grand festival de cinéma du monde.

  • Un corsaire écossais, Alexander Selkirk, forte tête et excellent marin, se querelle avec son capitaine lors d'une escale dans une île déserte chilienne, Mas a Tierra. Il exige qu'on le débarque, certain qu'un navire le recueillera bientôt. Erreur fatidique, car il y reste quatre ans et quatre mois. C'est ici que réalité et fiction divergent. Le héros de Defoe réinvente la société sur son île, mais le vrai Alexander Selkirk est réduit à l'état d'animal, renvoyé à l'origine de l'humanité. Sur l'île, rebaptisée Robinson Crusoé en 1966. de nombreux marins furent de fait abandonnés, contre ou de leur plein gré...

  • Lluís Frederic Picàbia, jeune bourgeois barcelonais, voit sa vie basculer le jour où sa fiancée le quitte.
    Il décide alors de faire de la perte un mode de vie qui le mène de New York à Paris en passant par la Chine et le Caucase. Une véritable entreprise voit le jour, des associés sont recrutés...
    Au milieu de cent autres aventures ahurissantes et absurdes, disparaissent la
    Couronne de Suède, des tableaux de Miró et une jolie secrétaire... qu'on retrouve.
    Au fil des années à orchestrer des disparitions, c'est bientôt Picabia lui-même qui signera sa propre perte.

  • Nous sommes en 1939. Pour sauver leur fils condamné à mort par les franquistes, M. et Mme Forest sont prêts à tout. D'abord intrigués par l'invitation à dîner du commissaire Carpentier, ils décident de saisir leur chance.
    Récital d'opéra, domestiques impassibles, conversations saugrenues : les Forest sont désarçonnés. Vont-ils enfin pouvoir parler de leur fils ?
    Sans compter cette interminable succession de mets au goût férocement épicé...

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