Jacques Borel

  • Ce n'est pas seulement sa vie propre que relate ici le narrateur, mais, mêlée à elle, l'une de l'autre dépendante, celle de sa mère. Confession d'un fils, sans doute, mais aussi et surtout recherche constante d'un être en quête de lui-même et de ses sources profondes, et qui se cherche à la fois dans son propre passé et dans le passé même de cette mère accablée et démesurément aimée. D'où, sans cesse, ces remontées dans le temps, ces allers et retours qui viennent bien moins rompre la chronologie du récit que l'éclairer au contraire, l'étayer, l'approfondir.
    Prix Goncourt 1965

  • Seul dans sa chambre à la clinique, et se sachant condamné, un vieil acteur, qui fut essentiellement un tragédien, revoit - 'revit' - à la fois les moments marquants de sa vie, l'enfance, son hostilité envers son père, sa tendresse envers a mère, ses liaisons, et les rôles majeurs dans lesquels il lui semble tour à tour s'incarner, de Dom Juan aux principaux héros des drames de Shakespeare, comme si chacun pouvait lui souffler comment mourir lui-même.
    Cela ne l'empêche nullement, toutefois, de laisser libre cours à ses fantasmes, de se déchaîner, jusqu'à la plus burlesque satire, contre de récentes mises en scène par lui jugées abusives, contre l'art de masse et, sans parler de la 'sous-culture' américaine, il n'est pas jusqu'au cinéma, malgré certaines admirations, et à la photographie même, à quoi il ne s'en prenne !
    Ainsi l'émotion, l'interrogation portée aux grands textes sont-elles constamment accompagnées d'une verve touchant au comique, et d'une mise en cause ambiguë, finalement, du Paradoxe sur le comédien.

  • Depuis 1960, Jacques Borel tient un journal des séjours qu'il passe auprès de sa mère entrée à l'hôpital psychiatrique de Ligenère pour un séjour qui devait, en principe, être de courte durée. Chaque visite ranime le désespoir de l'auteur de voir sa mère s'enfermer dans ce terrible univers rassurant et sans aucune perspective d'avenir. Ce drame a inspiré à Jacques Borel une longue méditation sur la rencontre de la littérature avec la folie et la mort. Ainsi se construit un grand livre. Une vie et une oeuvre y sont jour après jour remises en question à travers les tourments d'une âme assaillie par l'angoisse, la souffrance et la révolte.

  • Le retour

    Jacques Borel

    Entreprenant le minutieux et maniaque inventaire de la maison de sa grand-mère, à Mazermes, le narrateur de L'Adoration a eu aussi la tentation, en se réfugiant dans le paradis du passé, d'échapper à l'irrespirable présent qu'est devenue sa vie avec sa femme et l'obsédant amour qu'il a pour elle.
    Mais, tandis que le passé faisait, dans L'Adoration, sans cesse irruption dans le présent, c'est le présent qui, de plus en plus, va faire irruption ici dans le passé et miner l'entreprise dont le narrateur découvre à mesure qu'elle ne pouvait être, comme toute fuite, que faussement salvatrice.

  • Ces essais éclairent l'oeuvre romanesque et autobiograpique de l'auteur de L'Adoration, prix Goncourt 1965, du Retour et de La Dépossession. Écrits non en marge d'elle mais comme en contrepoint, ils prolongent, sur un autre mode, une même méditation. Le recueil comprend cinq textes dont l'unité apparaît aisément : Sur Rousseau, Stendhal prisonnier, Proust, L'Effacement de Jean Duval et enfin un dernier essai sur L'Aveu, aujourd'hui ?

  • Le deferlement

    Jacques Borel

    Joseph Saverne est un modeste professeur de philosophie, juif et marxiste, dont la retraite proche redouble la hantise de la mort. Poète méconnu, et souffrant de l'être, suspect au Parti auquel, malgré ses sarcasmes, il entend pourtant rester fidèle, il titube aussi sous la 'hotte d'angoisse' de la séculaire malédiction juive.
    Avec un cruel humour, depuis des années que, chaque semaine, son ami B. vient le voir, il met en scène son angoisse dans une 'comédie de l'abjection' dont il donne à l'autre et se donne à lui-même la représentation à la fois cocasse et déchirante.
    B. n'est là que comme le muet témoin de ce déferlement sans fin de la parole. S'il existe, ce n'est que par le portrait railleur qu'en dresse Saverne, s'en prenant avec une affectueuse mais non moins féroce ironie à la petite enfance catholique et provinciale de son ami - où les lecteurs de Jacques Borel retrouveront nombre de traits de son oeuvre autobiographique -, à ce petit-bourgeois volontiers soupçonné de jouer à la belle âme, tout ce avec quoi, on le sent, B. a lui-même de sérieux comptes à régler.
    C'est de miroirs jumeaux qu'on pourrait parler ici et comme d'un autoportrait dédoublé...

  • L'aveu differe

    Jacques Borel

    Dans le premier livre de son entreprise autobiographique, L'adoration, qu'ont suivi notamment Le retour et La dépossession, Jacques Borel faisait déjà allusion aux petites 'rues à putes' du quartier de la Bastille. Par égard pour sa mère, il n'avait pas tout dit des conditions de sa vie entre l'âge de dix ans et l'adolescence. L'hôtel de France, où sa mère était l'employée de son frère et de sa belle-soeur, et où elle logeait avec son fils, était bel et bien un hôtel de passe.
    Tel est l'aveu longtemps différé sur ces années vécues dans la honte, l'humiliation, la culpabilité. Mais la profondeur pathétique de cette confession s'accompagne de verve, de maîtrise alerte dans la description des personnages. Le portrait des filles est inoubliable : Dédée, Blonblon, Pola, Louisette... L'intense curiosité de l'enfant, puis de l'adolescent, confronté à des réalités qui lui sont peu compréhensibles, et aux bizarreries du langage que l'on emploie pour les désigner, nous livre une étonnante chronique de cet hôtel, avec ses pensionnaires 'normaux' et ses visiteuses intermittentes. Et toujours cet aveu, cette confession sont transfigurés, portés par le bonheur d'écrire, la plénitude et la vigueur du style.

  • L'effacement

    Jacques Borel

    Toujours dominée par une fascination pour la mémoire, par la hantise d'une culpabilité, la méditation de Jacques Borel rompt ici avec la continuité narrative et la quête autobiographique. Dans huit séries de notes où sa menace apparaît constamment en filigrane, c'est l'épreuve capitale qui se trouve abordée de front, mais en quelque sorte aussi harcelée avec tous les moyens dont dispose l'écrivain. Il n'y manque même pas l'humour qui, peut-être, est encore la plus sûre manière de s'effacer devant le tragique de notre effacement inévitable, d'y consentir : au lieu de se débattre, débattre - sans concession ni emphase - avec ce qui ne répond pas. Ainsi a pris forme un vivant et parfois poignant traité 'du bon usage', qui serait d'abord celui du courage et de la liberté.

  • Deux personnages parlent tout seuls. De cette mère, de ce veuf, on entend la voix sourde, la parole rythmée tantôt par la peur, tantôt par l'angoisse de la solitude, tantôt par la fureur des passions.
    L'Attente : une femme âgée, se prenant elle-même au jeu, feint, comme chaque soir, d'attendre pour le dîner le retour de son fils, mort d'un accident de moto il y a des années. Divorcée, elle a la nostalgie de ce temps où elle vivait seule avec lui, étrangement complice de ses amours et, à la fois, jalouse des filles qui risquaient de lui enlever le jeune homme. Nullement 'mère abusive' pourtant, mais toujours coquette et féminine, ce sont des confidences sur sa propre vie de femme qui, par bribes, si insolites que soient ces rapports avec le fils perdu, se mêlent aux souvenirs de leur vie à deux, que rien, depuis, n'est venu combler.
    La Clôture, second volet du même drame de la nostalgie amoureuse, fait parler un vieil homme dont l'épouse, Marie, est morte d'un cancer. Inconsolable, il s'est barricadé chez lui au milieu de ses souvenirs. S'il craint d'être
    agressé par d'éventuels assassins du genre de Landru ou Weidmann qu'il évoque avec terreur, c'est que la pire agression est pour lui le souvenir d'un rayonnant bonheur : la disparition de l'être cher l'en exclut désormais pour toujours.
    L'écriture précise et réservée de Jacques Borel - prix Goncourt 1965 pour L'Adoration, premier volet d'une oeuvre autobiographique, suivi en 1970 par Le Retour et en 1973 par La Dépossession, poignante relation du long internement de la mère - fait admirablement adhérer chaque lecteur à ces deux confidences où nous risquons tous de nous reconnaître.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • En apparence, Jacques Borel est de ces hommes qui n'acceptent que le présent savoureux de la vie et se laissent merveilleusement flotter à la surface d'une perpétuelle jeunesse : le gentil benjamin qu'il fut pour moi à la fin de la guerre, je crois qu'il le restera toujours, dût-il vivre cent sept ans. Il le restera toujours en apparence : mais au fond ? Jacques a vingt ans de plus que sa jeunesse : d'où cette transparence d'eau épaisse que le regard doit traverser pour apercevoir tout au fond l'ancienne joie ingénue. Sondant plus profond, peut-être découvrirait-on une présence plus vieille encore que celle de la jeunesse : celle de l'enfance ; une nostalgie plus poignante encore que celle de la joie : celle de la pureté, celle de l'amour. En un sens, Jacques Borel est perché sur sa montagne poétique comme Zarathoustra... Un Zarathoustra chrétien. Je me demande si l'antinomie ne suffit pas à expliquer certains dérapages de la pensée qui font brusquement surgir aussi derrière l'image, derrière la voix de Jacques Borel, celle de Verlaine : Je suis venu calme orphelin Riche de mes seuls yeux tranquilles. Puisque écrire, écrire vraiment, ce n'est jamais que se débattre contre l'étouffement dans la solitude, quiconque écrit et crie au secours a le droit d'exiger que frémissent pour lui la fraternité et l'amour ! Mais Jacques Borel, poète plus que philosophe, se soucie peu de cohérence. À tort ? à raison ? Je n'en déciderai pas : il me suffit d'écouter une Voix. Roger Ikor.

  • Cet hameçon de feu, ce fil de ton haleine, ta voix. C'était déjà le filin d'un poème où j'accrochais à temps perdu les baisers d'un autre Verlaine...

  • Grave est la nostalgie dont à prononcer le nom même, nous ne savons plus si c'est d'elle ou de nous qu'il s'agit. Elle est avant tout l'empreinte du visible. Jacques Borel nous conduit au coeur de hautes solitudes, dont témoignent les poètes présentement approchés, saisis, voire traversés, dans ce dénouement d'une écriture comme dérobée à l'oubli, grâce à la découpe précise et sinueuse d'une parole intérieure. Jacques Borel célèbre par la reconnaissance de l'absence ces poètes rongés dans leur articulation face à l'existence, et, pose ainsi, la question de leur présence au monde en tentant d'y répondre par une question qui le ronge à son tour lui... Du Bellay, Chénier, Jammes, Fargue, Joyce, Supervielle, Pessoa, Follain, Édith Boissonnas et Philippe Jaccottet, nous sont rendus dans la trace de leur propre cheminement, afin que puissent être perçues les diverses modulations de la nostalgie, avec chaque poète différente, singulière, aux ramifications infinies, aux conséquences immédiates sur un monde que d'aucuns eussent souhaité de pure raison. J'ajoute que ce livre est un lieu de béance, dédit de tout narcissisme théorique, quand l'écrivain se veut notre premier regard. Faut-il en préciser la quête par cette phrase de Nerval, hanté lui aussi par un impossible "retour" ? "Tout est dans la fin"...

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Écrivain de la mémoire, Jacques Borel a la folie des commémorations, la folie des dates, un peu comme Rétif, comme le Dominique de Fromentin avaient celle des « inscriptions ». Décembre, mai, autant de commémorations, amours et deuils, de sa propre vie, mais ces dates gravées en lui, ce sont celles, inséparablement, de sa première rencontre avec les oeuvres qui, depuis, n'ont pas cessé de l'accompagner, celle, en particulier, parmi les vivants, de Philippe Jaccottet, ou, par ses autoportraits fasciné, de Francis Bacon ; parmi les poètes du passé, celles surtout de Novalis et de Nerval, dont revient, de page en page, le hanter le chant ensemble et le destin. Mais aussi, à contre-courant sans doute, Jacques Borel, dont l'acte de foi en la Mémoire peut apparaître proprement « métaphysique » - et c'est bien comme la dépositaire même de l'être qu'elle est pour lui -, pensant aux liens de la mémoire et de l'imaginaire, n'hésite pas, sûr que nous sommes avertis, toujours quand nous inventons, à écrire et à donner pour tels des Souvenirs imaginaires : enracinés, tous, dans le même humus de l'enfance, et plus narratifs, par places, que les proses lyriques, échelonnées sur plusieurs années, qui composent pour l'essentiel ce petit livre. Paradoxalement ou non, ce n'en est pas moins par un appel à la vie que s'achève cette célébration, fragmentée et souvent douloureuse, de la Mémoire.

  • Ce récit a pour toile de fond l'histoire conjointe d'une faculté de médecine et d'un hôpital pendant les années 1950 à 2000. Il décrit la carrière d'un médecin, Alexis Lenfant, qui a fait ses débuts dans l'hôpital d'une ville de l'Est de la France et franchit ensuite toutes les étapes de la carrière médicale jusqu'au grade envié de professeur de clinique médicale et de chef de service hospitalier. Ce cinquième volume nous décrit les réformes universitaires sous Mitterrand. Notre héros, las, se sent vieillir et approche de la retraite.

  • Ce récit a pour toile de fond l'histoire conjointe d'une faculté de médecine et d'un hôpital pendant les années 1950 à 2000. Il décrit la carrière d'un médecin, Alexis Lenfant, qui a fait ses débuts dans l'hôpital d'une ville de l'Est de la France et franchit ensuite toutes les étapes de la carrière médicale jusqu'au grade envié de professeur de clinique médicale et de chef de service hospitalier. Ce second volume décrit l'érection des bâtiments modernes de l'école de médecine de Mires et son inauguration.

  • Ce récit a pour toile de fond l'histoire conjointe d'une faculté de médecine et d'un hôpital pendant les années 1950 à 2000. Il décrit la carrière d'un médecin, Alexis Lenfant, qui a fait ses débuts dans l'hôpital d'une ville de l'Est en France et franchit ensuite toutes les étapes de la carrière médicale jusqu'au grade envié de professeur de clinique médicale et de chef de service hospitalier. Dans ce troisième tome, l'auteur nous décrit en détail la révolte estudiantine de Mai 1968, les espoirs, les fièvres et les absurdités du mouvement.

  • Ce récit a pour toile de fond l'histoire conjointe d'une faculté de médecine et d'un hôpital pendant les années 1950 à 2000. Il décrit la carrière d'un médecin, Alexis Lenfant, qui a fait ses débuts dans l'hôpital d'une ville de l'Est de la France et franchit ensuite toutes les étapes de la carrière médicale jsuqu'au grade envié de professeur de clinique médicale et de chef de service hospitalier. Dans ce volume, notre héros progresse dans sa belle carrière, part pour les Etats-Unis avec sa famille. Il devient directeur d'une unité de recherches du CNRS et siège au comité national de cet organisme.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Ce récit a pour toile de fond l'histoire conjointe d'une faculté de médecine et d'un hôpital pendant les années 1950 à 2000. Il décrit la carrière d'un médecin, Alexis Lenfant, qui a fait ses débuts dans l'hôpital d'une ville de l'Est de la France, Mires, et franchit ensuite toutes les étapes de la carrière médicale jusqu'au grade envié de professeur de clinique médicale et de chef de service hospitalier. Ce premier tome relate les débuts du docteur Lenfant, on assiste à sa rencontre avec un professeur parisien célèbre qui le prend sous sa protection, les hauts et les bas de sa carrière.

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