Olivier (L')

  • « J'avais treize ans, et fini de grandir. On mange pour grandir. Je ne grandirai plus, m'étais-je dit. Je ne mangerai plus que le minimum. Ce qu'il faut pour durer. Cela faisait comme un champ d'exploration immense, la découverte d'un territoire sauvage et secret. »

    Nouk croit reprendre le contrôle de sa vie en cessant de s'alimenter. Elle découvre le plaisir inavouable d'être la plus forte, et de mentir, mentir, mentir jusqu'au vertige.

    Avec ce roman pur et violent, devenu un talisman pour plusieurs générations de lectrices et lecteurs, Geneviève Brisac obéit à une seule exigence : dire la vérité, quoi qu'il en coûte.

  • " Quel est ton animal préféré ? " a demandé Eugenio pendant qu'on marchait dans la nuit. C'était l'avant-veille de Noël. "

    Il y a Nouk, la mère.

    Et Eugenio, le fils qu'elle élève seule, dans un minuscule appartement aux rideaux rouges.

    Elle s'inquiète. Peut-on survivre aux fêtes de fin d'année ? En attendant, il neige sur Paris, sur les clochards et les gens des beaux quartiers. Il neige sur les statues du jardin du Luxembourg. La mère et l'enfant se tiennent par la main, ils marchent dans les rues, tout au long de cette histoire magique, déchirante, follement drôle.

    En chemin, ils rencontrent Adam et Ève, Anton Tchekhov, un fleuriste, un chauffeur de taxi, des tortues vieilles comme le monde. S'ils triomphent des obstacles semés sur leur route, il leur reste à affronter le pire : l'implacable bonté de ceux qui ont décidé de faire leur bonheur.

    Avec ce roman très moderne où la vie intime se voit constamment menacée par l'intrusion du monde extérieur, Geneviève Brisac semble nous inviter à un retournement. Comme l'artiste qui, parce qu'il porte en lui un " gène d'irréalité ", transmue en beauté le matériau brut de la vie.

  • " Comment dire mieux ce travail de Sisyphe : remettre à l'honneur ces grandes écrivaines, nos aînées, celles à qui nous devons la force et le courage d'écrire ce que nous voyons, ce que nous sentons, ce que nous savons, et qui, décennie après décennie, sont renvoyées à leurs ténèbres, oubliées, effacées encore et encore. Celles à qui nous devons la force et le courage de décrire ce recoin de perplexité où rien n'est majestueux ni symbolique, mais où tout est important, les soupirs, les rhumes, les agonies, les bains de mer. "
    Dans la nouvelle édition, révisée et augmentée, de La Marche du cavalier, Geneviève Brisac explore les œuvres de Christiane Rochefort, Doris Lessing, Natalia Ginzburg, Vivian Gornick... Un regard singulier sur les femmes et l'écriture, une invitation à lire autrement.

  • Anna est idéaliste.
    Molly, sa sœur, est réaliste.
    L'une traque la vérité dans les mots, l'autre la réalité dans l'action. Mais toutes deux militent pour la victoire de la Révolution. Avec leurs compagnons, Marek et Boris, elles se prennent pour les trois mousquetaires de la liberté.
    Vingt ans après : Anna est devenue écrivain, elle a connu le succès, puis le dénuement et l'oubli. Molly est médecin et affronte la misère du monde. Marek est mort en prison au Mexique, après l'échec de la lutte armée. Boris, lui, continue à se battre – en vain ?
    C'est alors qu'Anna décide de relire ses carnets.
    Une mère excentrique, des amants inconstants, le rêve d'une communauté utopique et l'éclat trompeur du milieu littéraire, une balade dans l'Italie " rouge " sont quelques-uns des thèmes et des personnages de ce roman incroyablement vivant, dont l'humour ne parvient pas toujours à dissiper la mélancolie.
    Complice mais féroce, Geneviève Brisac se penche sur leur destin, leurs engagements et leurs désillusions. Car c'est, bien sûr, d'une éducation sentimentale qu'il s'agit ici. Celle d'une génération qui, à défaut de se perdre, n'a jamais cédé sur son désir.

  • Après un terrible accident de voiture, un homme rentre chez lui. Ayant échappé de peu à la mort (sa femme, elle, a disparu dans l'accident), il lui faut maintenant tout réapprendre. Sa fille, jour après jour, l'accompagne, et tente de tenir la main de cet homme intraitable.
    Inquiète ou joueuse, sa voix décrit les quatre saisons de ce retour à la vie. Elle raconte son histoire, celle d'un Français, juif laïque et républicain, né à la fin des années 20, amoureux des paysages de son enfance qu'il ne concevait pas de défendre autrement que les armes à la main. La guerre, la politique, le travail, les femmes, il a tout vécu sans jamais s'expliquer. Et il n'a pas l'intention de commencer.
    Lumineux, cocasse, bouleversant, ce livre est tout entier du côté de la vie. L'écriture engage avec la mort une course de vitesse, et rien ne dit qu'elle n'en sortira pas gagnante. Chacune – et chacun – y reconnaîtra l'essence même de ces liens si précieux qui se tissent entre les pères et les filles.

  • " Qu'est-ce que "la marche du cavalier' ? Un brusque écart sur l'un des côtés de l'échiquier. Une manière d'avancer puis de se retirer de la scène, de se regarder agir après avoir agi, d'inscrire le décalage entre la conscience de la narratrice et la manière dont elle est perçue : la marche du cavalier traduit une sorte de dédoublement symptomatique de la condition féminine. Elle est aussi une tournure réflexive du roman moderne, qui exprime le désarroi de l'homme désarmé devant la complexité nouvelle du monde, la solitude des foules, la perte du sens. "
    À partir d'une remarque de Vladimir Nabokov, Geneviève Brisac interroge les formes que revêt l'écriture des femmes, les figures de leur style, et en décrypte le sens caché. De Karen Blixen à Virginia Woolf en passant par Jean Rhys, elle explore onze manières d'écrire – c'est-à-dire onze manières de penser et de sentir le monde.
    Bien plus qu'un essai sur l'existence supposée de la " littérature féminine ", La Marche du cavalier tente d'approcher l'énigme de la création, dans une époque où l'idée même d'une telle énigme semble vouée à la disparition.

  • 52 semaines.
    52 histoires, comme les morceaux d'une mosaïque, les fragments d'une fresque. Ou les chapitres d'un roman.
    Ce roman, c'est d'abord ce que disent les femmes – Akka, Mélissa, Nouk, Carlotta et les autres – quand elles se retrouvent au café ou qu'elles se téléphonent.
    De quoi parlent-elles ?
    De tout : un général tortionnaire, un bébé qui pleure, les cheveux frisés, Rosa Luxembourg, un terrible 15 août, a las cinco de la tarde. De rien : une fille muette, Bruce Chatwin, l'amour en fuite, les tombes à deux places, un homme, le goût à jamais perdu de l'enfance.
    Car nous sommes des êtres amphibies. Nous sommes d'ici et d'ailleurs, les pieds sur terre et la tête dans nos rêves, comme des arbres déracinés, immergés dans le flot incessant de nos fantasmes, de nos utopies. C'est cela, la seconde vie : cet espace où nous passons la majeure partie de notre existence, où le dedans et le dehors, l'intime et le politique ne cessent de se mêler.
    Inépuisable champ d'exploration que Geneviève de Brisac propose à notre regard, dans ce livre d'une extraordinaire virtuosité, empruntant à chaque genre littéraire tout ce qui peut servir son propos : dévoiler ce qui nous meut et nous émeut, à notre insu.

  • Ils s'appellent Max, Gerbert, Fleur, Melissa Scholtès.

    Ils ont peur. Que l'avion s'écrase, que le train déraille, que leur conjoint se noie ou cesse de les aimer, qu'un enfant ait un accident.

    Pour se rassurer, ils pensent très fort à un mot, une phrase ou une image, comme on serre dans sa poche une patte de lapin.

    Petites guerres intérieures. Chaos intimes. Paysages mentaux.

    Deux corbeaux y promènent avec insistance leurs silhouettes à l'encre de Chine. Pourquoi des corbeaux ? " Parce qu'ils savent ", nous dit l'auteur, " qu'ils sont mortels. Ça les rend intelligents, névrosés, cruels, intéressants, tendres aussi. " Comme l'oiseau cher à Edgar Poe, ils répondent d'un nevermore à nos interrogations inquiètes.

  • Walter Benjamin aimait, dit-on, les jouets, les marionnettes, les objets minuscules. Et le " petit bossu " de la chanson. Dans Les Sœurs Délicata, qui est un drame en miniature, on trouve aussi toutes sortes d'objets étranges, des marionnettes, des corps déformés.
    Est-ce un hasard ?
    Sûrement pas.
    Car ce roman bref et violent raconte comment, pendant la nuit de Noël, sept petites filles se trouvent confrontées à la disparition de tout ce qu'elles aimaient.
    Avec grâce, et non sans cruauté, Geneviève Brisac reprend ici, sous un autre éclairage, certains des thèmes majeurs de son œuvre : la crainte de voir le monde commun s'effondrer le mystère du bien, qu'il faut faire " sans cesse, sans le dire et sans y penser ". Et la nécessité absolue de s'orienter dans nos vies " perpétuellement stables et instables, arrêtées et mobiles ".

  • " Je ne veux pas être "célèbre' ni "grande'. Je veux aller de l'avant,

    changer, ouvrir mon esprit et mes yeux, refuser d'être étiquetée et stéréotypée. Ce qui compte c'est se libérer soi-même, découvrir ses propres dimensions, refuser les entraves. "

    Virginia Woolf

    Parce qu'il est très difficile de décrire un être humain, et encore davantage quand celui-ci a noirci des milliers de pages de romans, de lettres, de journaux, il n'est pas inutile de flâner un peu dans le vague et le brûlant des souvenirs, comme un fond de couleurs et de sensations, sur lequel inscrire les hiéroglyphes, les lignes noires et entremêlées de l'histoire familiale.

    En mettant l'accent sur le caractère contemporain de l'œuvre de Virginia Woolf, Geneviève Brisac et Agnès Desarthe invitent à la relecture d'un auteur capital, dont l'importance commence tout juste à être comprise.

empty